CLAUDE COLLIOT
by Let Eat Be
Étrange chose que la mémoire.
Plusieurs semaines déja que le nom de Claude Colliot était sur toutes les lèvres. Claude Colliot, sa vie, son œuvre, son établissement éponyme fraîchement ouvert, son passage à l’Orénoc…
Wait ! L’Orénoc je connais, pour y avoir passé il y a quelques années, un superbe dîner en cuisine avec son prédecesseur…ou était-ce son successeur ? Pour sur, un chef bon, semblant aussi intimidé par l’exercice que je l’étais alors. Un chef bon donc, généreux, qui parti pour le grand chelem, entreprit de me faire déguster l’intégralité de sa carte, omettant de diminuer les portions. Quel était son nom déja ? Comment ?! Claude Colliot ? Impossible, je m’en souviendrais. Une petite recherche plus tard, l’homme est là, c’est bien lui, et ceci explique peut-être ce qui suit.
Invitation surprise de J., nous passons la porte, accueil courtois. 2 salles 2 ambiances : Calme et lumineuse, ou tamisée et bruyante. Carte des vins jouant principalement la découverte et les petits vignerons ( mais permettant des coefficients parfois limite ), un vouvray sec ’06 de chez Allias donnera parfaitement la réplique au menu dégust’ en 5 services.
Pas d’explication, débrouillez vous avec votre assiette. Le foie, on cerne, c’est ce (très) généreux cylindre courtisé par de plus obscurs soupirants : condiment betterave/gingembre, poudre Matcha, citron/poire, huile agrémentée d’une substance torréfiée non identifiée, et main de bouddha mandolinée.
Bien qu’à peine assez ferme à mon goût, le foie est façonné de mille et un reliefs par les condiments, exercice duquel le citron confit sort vainqueur par sa persistance.
Les saint-jacques/couteaux/crevettes émulsion gingembre/citronelle jouent la carte eurasienne, mais avec classe et élégance. L’émulsion crémeuse a de la tenue, et ne laisse pas le sentiment d’avoir eu les amygdales piétinées par une horde de Huns; Les saint-jacques, offrent une opposition cru-cuit superbe, de même que les crevettes, lorsque les couteaux au charme si typique, pèchent malheureusement par un désablage approximatif.
le safran, meilleur ennemi de bien des plats, sait ici se tenir, se retenir, soulignant un lieu admirable, diaphane, qui adjoint à l’oignon (mémoire d’Orénoc ?) prouve ici encore que la juxtaposition, chère au chef, fonctionne parfaitement
On retrouve les mêmes rythmique et générosité dans ce quatrième service : le veau cerné de lait caillé, purée de potimarron, kumquat et noisette poêlée, joue les équilibres et les contraires, chaud, froid, acide, amer, sucré, salé, fondant, croustillant.
Une larme de chocolat grand cru délicatement lovée sur son assise de pralin, qu’accompagnent sirop de betterave et purée d’olive à la réglisse. Après 4 plats aussi réussis que généreux, j’aurais volontiers opté pour des agrumes…grossière erreur que c’eut été !
Se situant quelque part entre une mousse d’agrumes / olives confites dégusté en 2008 à la Bigarrade, et le « Olive, vanille, réglisse, caramel » de Jordi Roca, cette larme est une larme de joie. En bouche, c’est l’état d’alerte, ça court dans tous les sens, le très amer chocolat titille les papilles, avant que l’olive ne vienne exploser les saveurs, arrondissant l’amertume du cacao, et ne vous laisse, sourire aux lèvres, la bouche nappée de bonheur.
Vous l’aurez compris, j’ai retrouvé dans ce repas le champ lexical et la grammaire propres à Claude Colliot, tout en netteté et point de rupture, mais aussi la générosité, et l’envie de donner du bonheur de ce créateur d’émotions.
Au déjeuner, menus à 27 et 34€ – dégustation 45€ . Le soir, menu dégustation : 54€. À la carte, compter ± 45€ hors boissons






Comments
C’est rare, mais il faut le dire, je n’ai pas éprouvé le même sentiment, ou alors, je suis passée à côté de la cuisine de Claude Colliot.
J’ai pris les coquillages et crustacés que j’ai trouvé fades, d’une cuisson parfaite mais sans vivacité, sans punch! Mon partenaire a pris le foie gras. Oui, des condiments, mais quel sens donner à de la pulpe de betterave, intéressante par elle-même mais moins dans son rapport à l’élément principal du plat!
Puis le poisson du jour, purée d’épinard, trop saturée en sel cette fois! Même si les cuissons sont précises, au cordeau, on aurait presque envie d’un dérapage pour soudain sentir l’énergie, la verve d’une cuisine en mouvement (rapport au menu qui n’a pas l’air d’évoluer très souvent!)
Mention tout de même spécial pour le cochon confit des heures et sa purée de date. On sent ici la chaleur…
Le dessert, agrumes et crème fouettée vanille. Belle acidité, mais là encore, un manque de dimensions.
Certes, c’est louable d’être libre face à son assiette, mais pas trop…
Pardon, datte!
J’affectionne l’idée qu’il y aie autant d’avis que de plats envoyés.
Regarde Agrume, très largement loué dans le critiques, ne m’a guère procuré de sensations. Je suis d’accord avec le coté « sage » de la cuisine de Claude Colliot, et je ne suis pas le dernier à affectioner le hors piste et la prise de risques, mais parfois il est bon de se sentir porté par une cuisine droite, élégante mais non barbante, et ce fut le cas pour moi ce soir là.
J’ai hate de tester la cuisine d’Olivier Arlot qui semble dans la même veine, avec un petit twist supplémentaire
Le petit twist en plus, sans doute!